Les coliques du nourrisson : Comment les prendre en charge ?

D’après la vidéo du Dr Olivier MOUTERDE, gastro-pédiatre, CHU de Rouen Responsable de l’unité d’hépato-gastro-entérologie et nutrition pédiatrique Responsable du centre de compétence Maladies rares digestives

Les coliques du nourrisson appelées encore coliques du premier trimestre sont un phénomène fréquent tout en étant mal connu. Malgré une évolution favorable dans 100 % des cas, il est important de prendre en charge ce problème pour répondre à la demande des parents et éviter ainsi au maximum les séquelles à court et moyen termes.

Définition & Prévalence

Les critères de Rome IV définissent les coliques du nourrisson comme des manifestations(1) :
• Apparaissant et disparaissant avant l’âge de 5 mois.
• De pleurs, d’agitation ou d’irritabilité sur des périodes récurrentes et prolongées.
• Ne pouvant être résolues par la prise en charge des parents ou des soignants.
• Sans aucune preuve de retard de croissance, de fièvre ou de maladies.

Ce phénomène est très fréquent et toucherait 5 à 30 % des enfants(2).
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Diagnostic différentiel et éthiologie

Les causes à l’origine des pleurs sont très nombreuses. Pour faciliter la réalisation d’un diagnostic différentiel, l’utilisation d’un acronyme mnémotechnique peut se révéler utile : « IT CRIES » (3)
I : Infection (otite, pneumopathie, méningite, pyélonéphrite)
T : Traumatisme (crânien: HTIC, fracture…)
C : Cœur (TSV, IC, HTA)
R : RGO, Réaction (médicament, alimentation)
I : Immunisation (vaccin), Intoxication (CO), Insectes (morsures)
E : Œil (glaucome, brûlures)
S : Chirurgie (volvulus, IIA, torsion gonade)

Il existe de très nombreuses hypothèses éthiologiques et peuvent être citées de façon non exhaustive :
• Faible tolérance aux pleurs.
• Hypersensibilité viscérale de l’enfant comme on l’évoque chez l’adulte atteint de colopathie fonctionnelle.
• Inflammation infraclinique au niveau du côlon.
• Augmentation de la perméabilité.
• Perturbation du microbiote.
À ce jour, le mécanisme exact de ces pleurs n’est toujours pas élucidé

Conséquences

Les pleurs ont été rapportés par les parents comme étant un facteur déclenchant de stress et d’inquiétude. Ils peuvent être aussi sources de sévices corporels, voire d’actes physiques ayant mené parfois jusqu’au décès de l’enfant. Il a été aussi démontré que ces manifestations ont un impact important sur la relation enfant-parents ainsi que sur celle des parents entre eux (3). Ces problèmes relationnels et comportementaux peuvent aussi subsister entre la mère et l’enfant à moyen terme (3 ans) (4) , d’où l’importance de prendre en considération les aspects relationnels de ce phénomène.

Prise en charge

Il est difficile de déterminer quel traitement est efficace puisque l’effet placebo joue de façon très importante.

  • Médicamenteuse : Aucun médicament n’a fait preuve d’efficacité et d’une bonne tolérance.
  • Médecines alternatives : L’acupuncture, l’ostéopathie et d’autres pratiques n’ont pas fait preuve d’efficacité.
  • Accompagnement des parents : L’accompagnement des parents est la principale prise en charge à réaliser avec : – Une réassurance en leur montrant tous les aspects positifs : croissance, sourire, développement de l’enfant. — Une incitation à respecter le rythme de l’enfant. Par exemple, ne pas interpréter chaque pleur comme une manifestation de faim et ne pas donner donc systématiquement à boire à l’enfant, ce type de comportement
    perturbant le rythme naturel de l’enfant. Prendre en charge les coliques va être profitable aussi bien pour les parents que pour l’enfant.

  • Conseils diététiques

Chez l’enfant allaité, il est :

  • Indispensable d’insister sur l’importance de poursuivre l’allaitement(2)
  • Possible de recommander un probiotique, le Lactobacillus reuteri(5) , qui serait capable de diminuer la durée des pleurs. En cas d’antécédents familiaux d’allergie ou d’eczéma chez l’enfant, un régime sans protéine de lait de vache chez la mère peut être utile (2). De même, si des troubles apparaissent en rapport avec la consommation de certains aliments par la mère, ceux-ci peuvent être éventuellement évités.

Chez l’enfant nourri avec une préparation infantile, on peut :

  • En cas d’allergie aux protéines de lait de vache dans une forme évocatrice (eczéma, histoire d’allergie…), proposer pendant 2 à 3 semaines un hydrolysat poussé de protéines. Cependant, la diminution des pleurs ne doit pas être considérée comme une preuve d’allergie aux protéines de vache car de nombreux paramètres sont modifiés comme la vitesse de transit, la satiété et/ou la couleur des selles.
  • Pré-, pro-, postbiotiques sont des pistes intéressantes. Toutefois, il faut absolument s’attacher à leur type pour les pré- et postbiotiques, aux souches pour les probiotiques ainsi qu’aux doses, tous ces produits ne se valant pas.
  • Faute d’avoir une efficacité à 100 %, les préparations infantiles conçues spécifiquement pour les nourrissons ayant des coliques peuvent être une solution pour répondre à la demande des parents tout en évitant la prescription de médicaments.

Retrouvez l’ensemble de ces conseils pour téléchargement : fiche synthèse 

A lire également : Les coliques du nourrisson : Recommandations et documents du GFHGNP


Références :

1.Benninga MA, Nurko S, Faure C, Hyman PE, St James Roberts I, Schechter NL. Childhood functional gastrointestinal disorders: neonate/toddler. Gastroenterology. 2016;150(6):1443-55.

2.Vandenplas Y, Alarcon P, Alliet P et al. Algorithms for managing infant constipation, colic, regurgitation and cow’s milk allergy in formula-fed infants. Acta Pædiatr. 2015;104(5):449-57.

3.Herman M, Le A. The crying infant. Emerg Med Clin North Am. 2007;25(4):1137-59.

4.Lucassen PL, Assendelft WJ, Gubbels JW, van Eijk JT, van Geldrop WJ, Neven AK. Effectiveness of treatments for infantile colic: systematic review. BMJ. 1998;316(7144):1563-9.

5.Mai T, Fatheree NY, Gleason W, Liu Y, Rhoads JM. Infantile colic: new insights into an old problem. Gastroenterol Clin North Am. 2018;47(4):829-44.