Le lait maternel, un modèle unique d’adaptation

L’OMS recommande l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de vie, puis ensuite associé à l’alimentation pendant 1 à 2 ans ou plus. Le lait maternel est adapté spécifiquement aux besoins du nourrisson né à terme, à la fois en ce qui concerne ses composants nutritionnels et ses éléments non nutritifs bénéfiques à la santé de l’enfant.

Une composition ajustée aux besoins du petit humain

La composition du lait maternel est sujette à de très nombreuses variations : elle évolue tout au long de la période d’allaitement, mais aussi au cours de la journée et même au sein d’une même tétée. Elle varie également d’une femme à l’autre (génotype, environnement, alimentation…). Il n’existe donc pas un mais des laits maternels. La composition moyenne du lait maternel a été établie à partir du lait de nombreuses femmes, recueilli à des phases d’allaitement différentes(1).

Le colostrum, produit en faible quantité dans les premiers jours du post-partum, est riche en composants immunologiques (IgA, facteurs de croissances, etc) et pauvre en lactose, ses fonctions sont principalement immunologiques.. Le lait de transition produit entre 5 jours et 2 semaines du post-partum partage certaines caractéristiques immunologiques du colostrum mais sa composition évolue vers celle d’un lait « mature »(1).

Ce lait mature peut varier d’une femme à une autre mais une composition « moyenne » a été définie.

Côté macronutriments, le lait maternel mature contient entre 9 et 12 g de protéines/litre, teneur nettement inférieure à celle des autres mammifères, mais adaptée aux besoins du nouveau-né. Ces protéines sont principalement la caséine (40 %) et des protéines solubles (60 %) (immunoglobulines, lactoferrines, lysozymes, facteurs de croissance, etc.). La teneur en lipides est de 32 à 36 g/L. Enfin, le lait maternel contient environ 75 g/L de glucides, constitués par le lactose (63 g/L) et des oligosaccharides (12 g/L)(2).

Le lait maternel renferme aussi de nombreux micronutriments, qu’il s’agisse d’oligoéléments (fer, cuivre, zinc, iode, sélénium), des électrolytes (sodium, calcium, phosphore, magnésium) ou des vitamines (3). Ces dernières varient selon l’alimentation de la mère et ses réserves corporelles. La teneur en vitamine D et en vitamine K est généralement basse, raison pour laquelle les sociétés savantes recommandent, en France, une supplémentation systématique chez le nourrisson allaité.

Enfin, le lait maternel renferme de nombreux autres éléments bioactifs, comme des facteurs de croissance (EGF, IGF, TGF, VEGF), de l’érythropoïétine, calcitonine, somatostatine, adiponectine et autres hormones. Enfin il est riche en de nombreux facteurs spécifiques immunitaires : macrophages, lymphocytes, cellules-T, cytokines, chemokines, immunoglobulines, particulièrement les IgA(1).

La place particulière des lipides

La constitution en lipides du lait maternel revêt un intérêt tout particulier. Les triglycérides représentent 98 % des graisses du lait maternel et couvrent les besoins très élevés en acides gras du nourrisson, destinés notamment au développement tissulaire et aux besoins énergétiques. La digestibilité de ces lipides et leur coefficient d’absorption sont supérieurs à ceux du lait de vache grâce à la présence d’une lipase qui compense l’insuffisance des lipases pancréatiques et à la structure différente des triglycérides.

Dans le lait maternel des femmes françaises, les acides gras saturés (AGS) constituent aujourd’hui la moitié des acides gras totaux (AGT), majoritairement sous forme d’acide palmitique (23 % des AGT).

Les acides gras mono-insaturés (AGMI) représentent environ 40 % des AGT, principalement sous la forme d’acide oléique (34 % des AGT), alors que les acides gras polyinsaturés (AGPI) sont constitués majoritairement par l’acide linoléique (AL : 10 % des AGT) et en plus faible proportion par l’acide α-linolénique (ALA : 0,9 % des AGT).
Pour rappel, l’AL et l’ALA sont des acides gras essentiels faisant partie de la famille des oméga 6 et oméga 3 (respectivement) et qui sont précurseurs des AGPI à longue chaine ou AGPI lc : ARA (acide arachidonique : 0,46 g/100 g d’acides gras) pour la famille des oméga 6 et EPA (acide eicosapentaénoïque) et DHA (acide docosahexaénoïque : 0,25 g/100 g d’acides gras) pour les oméga 3.

Si la concentration en lipides du lait maternel est peu modifiée par l’alimentation, la teneur en acides gras omega-3 et omega-6 en sont très dépendants(4). La teneur en ARA est généralement assez stable et supérieure à celle du DHA dans le lait maternel. La teneur en DHA est quant à elle très variable et dépendante de l’alimentation de la mère allaitante(5). De ce fait, il sera conseillé aux mères allaitantes de consommer 2 portions/semaine de poisson dont une portion de poissons gras (maquereau, saumon, sardine…) en veillant à les consommer bien cuits, et en variant les espèces et lieux d’approvisionnement(6).

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De très précieux oligosaccharides (Human Milk Oligosaccharides)

Une autre particularité du lait maternel est la présence d’oligosaccharides (HMO) qui constituent un groupe de plus de 200 structures connues. La composition des HMO du lait maternel est différente d’une mère à l’autre et évolue au fil de l’allaitement.

Ce sont des molécules prébiotiques stimulant la croissance de bactéries utiles à l’hôte, parmi lesquelles les bifidobactéries. Cet effet contribue à l’installation du microbiote intestinal du nourrisson, bénéfique au développement des systèmes immunitaire et métabolique(7).

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Des effets bénéfiques avérés, d’autres restent à explorer

Aujourd’hui la recherche sur le lait maternel s’intensifie, à la fois pour mieux comprendre sa composition mais aussi ses bénéfices à court et long terme pour l’enfant comme pour la mère. Des bénéfices nutritionnels, immunologiques mais aussi émotionnels et psychologiques pour le nourrisson et la mère ont été démontrés, même si l’évaluation incontestable de ces bénéfices en pratique reste difficile et laisse la porte ouverte à de belles perspectives cliniques. Parmi ces bénéfices :

  • La prévention des infections du jeune enfant (infections gastro-intestinales, otites) est bien établie. Cet effet apparaît plus particulièrement avec un allaitement exclusif d’au moins 3 mois, s’atténue après 6 mois et diminue à l’arrêt de l’allaitement(2). L’influence du lait maternel sur le système immunitaire du nourrisson et sa traduction en clinique sont un sujet qui soulève actuellement un grand intérêt.
  • La prévention du risque d’allergie est encore largement discutée. Toutefois, l’effet protecteur de l’allaitement a été bien démontré sur la réduction du risque de dermatite atopique chez les enfants ayant des antécédents familiaux d’allergie(2).
  • L’effet préventif de l’allaitement sur l’obésité de l’enfant et de l’adolescent est lui aussi probable. Des travaux complémentaires restent nécessaires pour évaluer l’impact de cet effet au-delà de l’adolescence mais les résultats sur l’obésité infantile sont encourageants.
  • L’effet bénéfique sur l’hypertension artérielle et l’hypercholestérolémie est aujourd’hui confirmé par les études cliniques. La traduction clinique par une réduction du risque cardio-vasculaire à l’âge adulte est encore à explorer(2).
  • De nombreux travaux sont en cours pour évaluer l’impact de l’allaitement maternel sur la prévention de pathologies chroniques comme le diabète, la maladie de Crohn, la rectocolite hémorragique, la maladie cœliaque(2).

Notons que la mère bénéficie, elle aussi, de l’allaitement : facilitation des suites de couches, perte de poids plus rapide ou encore diminution de l’incidence des cancers du seins et de l’ovaire avant la ménopause ont été démontrés(2).

Enfin, l’allaitement maternel constitue un élément majeur de la relation mère-enfant, permettant aux deux de maintenir, pour un certain temps, le lien entre la vie anténatale et la vie postnatale.


Références :

1. Ballard O. et coll. : Human Milk Composition – Nutrients and Bioactiv Factors Pediatr Clin N Am 60 (2013) 49-74.

2. Programme National Nutrition Santé (PNNS). Allaitement Maternel Les bénéfices pour la santé de l’enfant et de sa mère. Disponible sur : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/allaitement.pdf.

3. Spir’allait – univ-lyon1.fr.

4. Guesnet P. et coll. : Lipides et alimentation maternelle Importance pour la santé de l’enfant – Cerin.org – Mai-juin 2017.

5. Fu Y. et coll. : An updated review of worldwide levels of docosahexaenoic and arachidonic acid in human breast milk by region. Public Health Nutr. 2016 Oct;19(15):2675-87. doi: 10.1017/S1368980016000707.

6. ANSES, Avis de l’Anses relatif à l’actualisation des repères alimentaires du PNNS pour les femmes enceintes et allaitantes -Saisine n°2017-SA-0141, Déc. 2019.

7. Shamir R. et coll. : La santé digestive en début de vie : quels rôles jouent le microbiote intestinal et la nutrition sur le développement et la santé future – Essential Knowledge Briefings- Wiley.