Signes fonctionnels digestifs du nourrisson : réassurance et diététique sont les piliers de la prise en charge

Régurgitations, coliques et constipation sont les troubles fonctionnels gastro-intestinaux fréquents chez un nourrisson, au cours de sa première année de vie. Ils sont responsables d’inconfort et de pleurs ainsi que d’anxiété parentale, et ont un impact économique non négligeable (traitements, consultations, temps de travail perdu). L’anxiété est accentuée par les avis contradictoires auxquels sont confrontés les parents, allant du partage d’expériences personnelles aux opinions d’experts en passant par les réseaux sociaux ou recommandations de traitements n’ayant pas fait la preuve de leur efficacité.

Une équipe internationale a publié une mise au point sur le sujet. Elle réalise une synthèse des recommandations sur la prise en charge des régurgitations, des coliques et de la constipation fonctionnelle des nourrissons.

Les différentes études réalisées permettent d’établir que la prise en charge des troubles fonctionnels digestifs du nourrisson, particulièrement les coliques et les régurgitations, devait s’attacher en premier lieu à l’éducation et à la réassurance parentales et à des conseils nutritionnels.

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Expliquer simplement les symptômes réduit l’anxiété

Les parents sont à la recherche d’informations sur les causes des symptômes présentés par leur enfant. Leur fournir des explications permet de réduire l’anxiété et renforce leur confiance. Il peut être utile d’expliquer que le reflux et les régurgitations sont favorisés par l’ingestion de grandes quantités de liquide dans un temps court, par la petite taille de l’œsophage et la position allongée pendant et après le repas. L’immaturité de la fonction intestinale, le déséquilibre du microbiote ou l’anxiété maternelle favorisent les coliques, et les parents doivent savoir que les pleurs de l’enfant ne signifient pas obligatoirement qu’il souffre. Enfin, pour la constipation fonctionnelle, la recherche de prédispositions familiales et de facteurs diététiques permet souvent de dédramatiser.

En première ligne, la réassurance parentale

Expliquer l’évolution naturelle des symptômes favorise la réassurance des parents : les régurgitations se résolvent souvent spontanément au cours de la première année, les coliques du nourrisson et les pleurs sont à leur maximum à 4-6 semaines puis diminuent progressivement jusqu’à 12 semaines. Notons que, si l’allergie alimentaire est souvent associée à des manifestations gastro-intestinales, le lien entre allergie et colique du nourrisson est peu probable en l’absence d’autres symptômes d’atopie.

Pas de traitement pharmacologique, mais des conseils nutritionnels

Les changements sociétaux font que les parents sont souvent à la recherche d’une solution rapide et les praticiens sont soumis à de fortes pressions pour prescrire des examens complémentaires ou des médicaments. Les études réalisées montrent que, s’il existe certaines preuves pour recommander un traitement pharmacologique pour la constipation ou l’impaction fécale, il n’apporte aucun bénéfice pour les autres troubles fonctionnels gastro-intestinaux à cette période. Notons particulièrement les inhibiteurs de la pompe à protons, fréquemment prescrits, qui, non seulement ne sont pas efficaces sur les symptômes, mais ont des conséquences préjudiciables sur le microbiote intestinal.

  • Les parents doivent être informés que les régurgitations ne sont jamais une raison pour arrêter l’allaitement maternel. Un lait épaissi anti-régurgitation peut être utile pour les enfants non allaités au sein. Les alginates, formules extensivement hydrolysées ou à base d’acides aminés, ne sont pas indiqués dans les régurgitations non compliquées du nourrisson.
  • Les études ont montré que certains probiotiques pourraient être efficaces pour réduire les coliques de l’enfant allaité. Pour les enfants recevant un allaitement artificiel, les hydrolysats partiels avec prébiotiques et beta-palmitate, ou les hydrolysats partiels avec symbiotique peuvent apporter un bénéfice.
  • Enfin, la constipation est rare chez l’enfant allaité. Pour les autres, un avis nutritionnel peut être insuffisant et des laxatifs peuvent être nécessaires.

En résumé, les conseils doivent insister sur l’intérêt de l’allaitement maternel, sur le fait que suralimenter l’enfant exacerbe les symptômes, que les coliques et régurgitations sont des problèmes transitoires, se résolvent spontanément et que l’approche pharmacologique n’est pas nécessaire. Par des conseils appropriés et la réassurance, les praticiens peuvent aider à restaurer l’harmonie, en réduisant les symptômes de l’enfant et l’anxiété des parents et en améliorant la qualité de vie de la famille, tout en évitant des dépenses de santé inutiles.

Dr Roseline Péluchon

Aller plus loin en consultant l’infographie « Liens entre troubles digestifs et dysbiose chez le nourrisson »


Source et référence scientifique

Salvatore S. et al. Review shows that parental reassurance and nutritional advice help to optimise the management of functional gastrointestinal disorders in infants. Acta Paediatr. 2018 Apr 30;107(9):1512–20.