Les lipides, une part indispensable de l’alimentation de l’enfant

Le contexte d’augmentation de l’obésité infantile a occasionné une certaine méfiance vis-à-vis des lipides alimentaires. Ils sont pourtant un constituant essentiel de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant.

Les lipides ont de nombreuses fonctions parmi lesquelles l’amélioration de la palatabilité des aliments et le ralentissement de la vidange gastrique. Chez le nourrisson et jeune enfant, les lipides représentent la source principale d’énergie et d’acides gras essentiels (AGE). En effet, deux acides gras sont dits essentiels ce qui signifie qu’ils ne sont pas synthétisés par le corps humain et doivent être fournis par l’alimentation. Il s’agit de l’acide linoléique (AL) de la famille des oméga-6, et de l’acide alpha -linolénique (ALA), de la famille des oméga-3.

Tous deux sont les précurseurs d’acides gras polyinsaturés à longue chaine (AGPI-lc) impliqués notamment dans le développement cérébral du fœtus et de l’enfant. L’AL est précurseur de l’acide arachidonique (ARA), l’ALA celui de l’acide eicosapentaénoïque (EPA), lui-même précurseur de l’acide docosahexaénoïque (DHA). Les déficiences en acides gras essentiels et en leurs dérivés sont impliqués dans des troubles du développement et de la vision(1).

Le lait maternel, la référence pour l’alimentation avant 6 mois

Entre 0 et 6 mois, les lipides doivent représenter 50 % des apports énergétiques quotidiens(2). A cet âge, les apports nutritionnels conseillés en AL, AAL, ARA et DHA sont respectivement de : 2,7 % de l’apport énergétique, 0,45 % de l’apport énergétique, 0,5 % des acides gras totaux et 0,32 % des acides gras totaux(4).

Chez le nourrisson allaité, les apports en lipides totaux sont assurés indépendamment de l’alimentation de la mère. Toutefois la quantité de certains acides gras varie dans le lait humain en fonction de l’alimentation de la mère. C’est le cas des AGE et du DHA notamment. La teneur en ARA est, quant à elle, stable quelle que soit l’alimentation de la maman. En pratique, une vigilance particulière devra donc être portée aux mères ayant des apports restrictifs, une alimentation déséquilibrée ou suivant un régime végétalien, (la consommation de produit de la mer étant la principale source de DHA)(3).

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Outre l’impact de l’alimentation, la composition du lait maternel est sujette à de très nombreuses variations, elle évolue tout au long de la période d’allaitement, mais aussi au cours de la journée et même au sein d’une même tétée. En effet, le lait maternel s’enrichit en graisses et en micelles de caséine au fil de la tétée et lorsque celles-ci se rapprochent, pour s’adapter aux besoins énergétiques de l’enfant.

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Lorsque l’allaitement maternel n’est pas possible ou souhaité, les formules recommandées sont les formules infantiles respectant la règlementation infantile qui cadre la composition nutritionnelle de ces formules pour répondre aux besoins nutritionnels spécifiques des nourrissons. Il s’agit des préparations pour nourrissons (appelées aussi formules 1er âge de 0-6 mois) puis préparations de suite (formules 2e âge de 6 à 12 mois) et enfin de 10-12 mois à 3 ans, les enfants ont des besoins nutritionnels spécifiques, c’est pour cela que le lait de croissance est recommandé en plus d’une alimentation diversifiée, de façon à y répondre plus spécifiquement que le lait de vache.

A noter que les boissons végétales ne respectent pas les recommandations et réglementations européennes qui encadrent la composition des formules infantiles et exposent les enfants à un risque élevé de graves complications en cas de consommation de ces jus végétaux en remplacement du lait maternel et/ou des formules infantiles.

Au niveau lipidique, l’apport quantitatif et qualitatif des formules infantiles est encadré règlementairement, les lipides représentent en moyenne 46 % des AET. Du fait de l’importance du DHA dans le développement de l’enfant, un règlement européen a rendu obligatoire son ajout (à raison de 20-50 mg/100 kcal) dans toutes les préparations 1er et 2ème âge depuis le 22 février 2020(2). En revanche, l’ARA reste facultatif. Toutefois, au regard de la littérature scientifique disponible, les experts en nutrition pédiatrique européens et français ont pris position et recommandent de privilégier les préparations enrichies en DHA et en ARA(2).

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L’ajout de matière grasse dans tous les plats est nécessaire après 6 mois

Entre 6 et 12 mois, les lipides doivent encore représenter plus de 45 à 50 % des apports énergétiques totaux. La Société Française de Pédiatrie recommande au moins 500 mL de lait maternel ou de préparation infantile jusqu’à 1 an. Pour que les apports en AGE soient conformes aux recommandations, il est préconisé d’ajouter au moins l’équivalent de 2 cuillerées à café de matière grasse, de préférence d’origine végétale par jour dans l’alimentation. Le PNNS recommande de varier les huiles, tout en privilégiant les plus riches en ALA (noix, colza). (5)

Après 1 an, la part des lipides dans les apports énergétiques reste encore élevée (45 %) pour faire face à l’accroissement de l’activité physique de l’enfant et son développement cognitif. La consommation de 500 mL/jour de lait de croissance (recommandée par les pédiatres jusqu’à au moins 3 ans) permet de couvrir une partie des apports en lipides. Afin de compléter les besoins de l’enfant, et notamment en DHA, une alimentation saine et diversifiée doit leur être proposée(1). La principale source de DHA sera constituée par les poissons : les apports seront couverts par 1 portion par semaine de poisson gras ou 2 portions par semaine de poisson maigre(3). L’ANSES rappelle toutefois que les poissons d’eau douce fortement bio-accumulateurs ne devraient pas être consommés plus d’une fois tous les 2 mois, que les poissons prédateurs (lotte, bar, dorade, raie, thon, etc.) sont à limiter et enfin que l’espadon, le marlin, et la lamproie sont à éviter (risque lié au méthylmercure)(5).

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Par méconnaissance des besoins réels et spécifiques du nourrisson et jeune enfant ou dans le cas de régimes spécifiques, des enfants peuvent se retrouver en situation de carence lipidique et notamment en AGE, DHA et ARA. Les professionnels de santé et de la petite enfance doivent rappeler aux parents le rôle important que jouent les lipides dans le développement de l’enfant ainsi que les conseils diététiques simples afin d’atteindre les objectifs.


Références :

1. Koletzko B. et coll.: The roles of long-chain polyunsaturated fatty acids in pregnancy, lactation and infancy: review of current knowledge and consensus recommendations – J. Perinat. Med. 36 (2008) 5–14.

2. Koletzo et al.: Should formula for infants provide arachidonic acid along with DHA? A position paper of the European Academy of Paediatrics and th eChild Health Foundation Am J Clin Nutr 2019;00:1–7.

3. Tounian P. et coll.: Pourquoi doit-on craindre les carences lipidiques en pédiatrie? Réalités Pédiatriques – n° 232_Juin 2019.

4. Avis de l’Anses relatif à l’actualisation des apports nutritionnels conseillés pour les acides gras. Mars 2010.

5. PNNS – Avis du 12 juin 2019.