En France, les prescriptions pédiatriques d’IPP restent élevées malgré les recommandations

Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont recommandés en pédiatrie pour le traitement du reflux gastro-œsophagien (RGO) compliqué. En revanche, ils n’ont pas prouvé leur efficacité dans la prise en charge du RGO non compliqué, beaucoup plus fréquent. Leur utilisation au long cours est parfois associée à certains effets secondaires graves, tels que l’asthme, les fractures osseuses, des diarrhées bactériennes et des pneumopathies communautaires. C’est ce qui a conduit les Sociétés pédiatriques de gastroentérologie, hépatologie et nutrition, américaine (NASPGHAN), européenne (ESPGHAN) et française (GFHGNP), à recommander de ne plus prescrire ces traitements en cas de RGO non compliqué. Ces recommandations ont-elles atteint leur objectif et modifié les habitudes de prescription ?

Une équipe française a voulu répondre à cette question et a examiné l’évolution des prescriptions pédiatriques d’IPP entre 2009 et 2019. Les recommandations françaises ont été publiées en 2014 et les recommandations internationales en 2018. Les auteurs ont analysé les données de la base Xponent d’IQVIA qui estime les ventes de médicaments à partir d’un échantillon représentatif de pharmacies et délivre des estimations mensuelles depuis janvier 2009.

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Les recommandations ont eu un faible impact sur les prescriptions

Les données sont analysées dans leur ensemble et par classes d’âge : les nourrissons (< 2 ans), les enfants (2-11 ans) et les adolescents (12-17 ans). Elles confirment le taux élevé des prescriptions pédiatriques d’IPP en France (52,5 pour 1000 par année pour toute la période). Entre 2009 et 2019, ce taux a augmenté de 41 % pour l’ensemble de la population pédiatrique, passant de 39 pour 1000 à 55 pour 1000. Pour les nourrissons, l’augmentation est de 110 % (de 77 pour 1000 à 162 pour 1000). Après la publication des recommandations françaises, la tendance à la hausse s’est ralentie, de 0,28 % sur l’ensemble de la population étudiée. Toutefois, chez les nourrissons, la réduction n’a pas été suffisante pour inverser la tendance qui est restée à la hausse tout au long de l’étude. Après la publication des recommandations internationales en 2018, un nouveau ralentissement est noté, mais uniquement dans le groupe des adolescents (- 0,26 %).

En 2019, le taux de prescription des IPP en France dans la population pédiatrique est parmi les plus élevés des pays aux économies avancées (55 pour 1000 par an). Les auteurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ce constat : le retrait du marché de certains traitements antiacides non IPP du fait d’effets indésirables, ou encore la mise sur le marché, en 2010, d’une forme d’ésoméprazole en granulés pour suspension, pratique d’utilisation.

Quant aux variations saisonnières observées, avec un pic hivernal, elles pourraient être liées à une diminution des consultations pendant l’été, ou à l’augmentation hivernale de l’incidence des bronchiolites et des exacerbations d’asthme qui peuvent aggraver les symptômes de RGO et favoriser les prescriptions.

Pour les auteurs, des actions doivent être entreprises pour modifier les habitudes de prescription, limiter ces prescriptions inappropriées et améliorer le suivi des recommandations.

Dr Roseline Péluchon.

Aller plus loin en consultant l’infographie « Liens entre troubles digestifs et dysbiose chez le nourrisson »


Source et référence scientifique

Yang S. et coll. : Pediatric Prescriptions of Proton Pump Inhibitors in France (2009-2019): A Time-Series Analysis of Trends and Practice Guidelines Impact. J Pediatr. 2022 Feb 1:S0022-3476(22)00072-5.